Vocation

Définition du Trésor de la Langue Française (1960-1990)

I. —RELIGION

A. —BIBLE. Appel particulier venant de Dieu. Synon. élection (v. ce mot B 1 a). Le quatrième évangéliste connaissait mieux que les autres (…) ce qui concerne la vocation des apôtres (Renan, Vie Jésus, 1863, p. 483).

— Vocation d’Abraham. Appel que Dieu lança au patriarche Abraham pour qu’il soit le père des croyants. L’Eucharistie (…) annonce l’abolition des sacrifices sanglans; elle est aussi l’image de la vocation d’Abraham, et de la première alliance de Dieu avec l’homme (Chateaubr., Génie, t. 1, 1803, p. 48).

— Vocation de Moïse. Appel que Dieu lança à Moïse pour qu’il soit le libérateur et le législateur du peuple hébreu. Tout un mouvement de pensée religieuse a en effet voulu assigner une fonction médiatrice aux prophètes de l’Ancien Testament, à Moïse en particulier. Plusieurs textes de l’Ancien Testament même décrivent en ce sens la vocation de Moïse, sans toutefois prononcer le mot « médiateur » (Philos. Relig., 1957, p. 36-5).

— Vocation des Gentils. Appel que Dieu lança aux païens pour les inviter à connaître l’Évangile et à entrer dans l’Église. Origène parle de l’ange de la vocation des Gentils, de l’ange de la Grace (Dupuis, Orig. cultes, 1796, p. 60).

B. — Mouvement intérieur par lequel l’être humain se sent appelé par Dieu et voué à la vie religieuse. Vocation ecclésiastique, monacale, sacerdotale, religieuse; vocation contrariée, forcée, tardive; suivre sa vocation; répondre, résister à sa vocation; avoir, ne pas avoir la vocation. Son père désirait en faire un prêtre. Mais le vieil abbé n’a pas voulu, le petit manquant tout à fait de vocation (Zola, Rêve, 1888, p. 48). Il m’a demandé: « Pourquoi n’entrez-vous pas dans les ordres? Comment se fait-il que vous n’ayez pas quitté le monde? » Je lui dis qu’on n’entre pas dans les ordres sans vocation (Green, Journal, 1947, p. 111).

C. —Vieilli. « Ordre extérieur de l’Église, par lequel les évêques appellent au ministère ecclésiastique ceux qu’ils en jugent dignes » (Ac. 1835, 1878). Vocation extérieure (Ac. 1835, 1878).

II.

A. — Inclination, penchant impérieux qu’un individu ressent pour une profession, une activité ou un genre de vie. Vocation artistique, militaire, musicale; vocation pour le commerce, le théâtre, la peinture; vocation pour le célibat; se sentir une vocation d’historien, de romancier, de poète; rater sa vocation; se détourner de sa vocation. Quoiqu’il n’eût aucune vocation pour le mariage, on l’avait conduit, le couteau sur la gorge, devant le prêtre (About, Grèce, 1854, p. 200). Il me fit part de sa vocation littéraire. Ce gamin de sixième composait des tragédies en vers! De véritables tragédies, en plusieurs actes, comme dans ses livres de classe (Martin du G., Souv. autobiogr., 1955, p. XLII).

• Vocation de + inf. Avoir la vocation de gouverner, de régner. D’un mauvais compositeur acharné à produire, on pourrait dire qu’il a la passion, mais non la vocation d’écrire des œuvres musicales (Lal., 1968).

• P. iron. Au fond, sa véritable ambition eût été d’être joli garçon; j’ai peu vu de vocations plus manquées que celle-là! (Goncourt, Journal, 1863, p. 1254).

— En partic. Inclination, penchant marqué pour une profession exigeant dévouement et désintéressement (enseignement, médecine, recherche scientifique). Les Écoles régimentaires n’ont donné jusqu’ici que de très-médiocres résultats. Cela tient à ce que l’on n’improvise pas un professeur; l’enseignement demande une vocation et une aptitude particulières (Davout, Réorg.milit., 1871, p. 19).

— Loc. Par vocation. Par goût, par inclination très prononcée. J’entrai par vocation dans le métier des armes, j’appris les lettres par plaisir (Camus, Dév. croix, 1953, 1re journée p. 532).

B. — Destination individuelle de chaque être humain. Synon. destinée, mission. Le protestantisme (…) prend au sérieux l’enseignement de la Genèse : la vocation de l’homme n’est-elle pas de dominer la terre, d’y assurer le règne de l’homme? (Univers écon. et soc., 1960, p. 64-14).

C. —DR. « Droit, en général conféré par la loi, auquel son bénéficiaire ne peut renoncer avant l’événement qui l’actualise (ouverture de la succession, survenance de l’état de besoin), mais qui existe dès avant à l’état de virtualité, d’éventualité » (Juridique 1987). La vocation successorale ou héréditaire : droit pour le successible d’être appelé à la succession; la vocation alimentaire : droit pour une personne de réclamer des aliments à un parent, en cas de besoin (Juridique, 1987).

— Locutions

• Avoir vocation à, pour + subst. ou inf. Être qualifié pour. Le parti a vocation normale pour constituer le cabinet s’il est au pouvoir, le contrôler s’il est dans l’opposition (Meynaud, Groupes pression en Fr., 1958, p. 37). Les géographes universitaires sont appelés à reconnaître qu’ils ont vocation à former non seulement des professeurs, voire des chercheurs, mais aussi des cadres pour l’économie (Colloque géogr. appl., 1962, p. 161). Chaque corps groupe les fonctionnaires soumis au même statut particulier et ayant vocation aux mêmes grades (Belorgey, Gouvern. et admin. Fr., 1967, p. 241).

• Ouvrir vocation à + subst. ou inf. Donner droit à (v. droit3 II A 1 b). La commission départementale d’admission établit la liste des élèves admis sans examen dans les classes de 6e, cette admission ouvrant éventuellement vocation à l’attribution d’une bourse (Encyclop. éduc., 1960, p. 135).

III. — Destination à laquelle un établissement, une région, un pays paraît être voué de par ses caractéristiques intellectuelles ou matérielles. Vocation agricole, industrielle, maritime, touristique d’une région. Le problème reste l’institution de cours à plein temps, problème compliqué par la vocation du CNAM [Conservatoire National des Arts et Métiers] à être « cours du soir », parallèle à une activité professionnelle (Encyclop. éduc., 1960, p. 275). Le Gouvernement, en se prononçant pour une vocation du Sud-Ouest aux activités aéro-spatiales, a décidé l’installation de divers établissements scientifiques ou d’enseignement supérieur dans cette région (Amén. terr., 1964, p. 15).

— En partic.

• Aptitude que présente un sol à une production déterminée. Vocation céréalière, horticole d’un sol, d’une terre. On conçoit très bien les compagnies papetières créant (…) des filiales ayant pour objet l’acquisition et le boisement de terres à vocation forestière (Industr. fr. bois, 1955, p. 25).

• Vocation d’un magasin. « Politique commerciale d’un magasin en fonction de son positionnement sur le marché » (Wellhoff Comm. 1977). Chaque magasin a donc une vocation (…). Avoir un assortiment étroit et profond (spécialiste) ou (…) privilégier un département alimentaire, non alimentaire (Wellhoff, Comm., 1977).

Remarques

Vocationnel, -elle,

adjectif

hapax. L’esprit d’indépendance sera entretenu non seulement par l’étude, mais par une éducation que Gandhi nomma « vocationnelle » (Rolland, Gandhi, 1923, p. 37).

Détermination – Déterminisme

 Catégorie : Vocabulaire philosophique

Définitions, origine, enjeux philosophiques.

En philosophie, le terme de détermination désigne ce qui dans le monde produit des enchaînements nécessaires et se suffisant à eux-mêmes, ce qui exclut toute intervention extra-mondaine (de type divine, transcendante ou surnaturelle). On comprend la détermination selon le principe du « déterminisme ». Il faut distinguer le déterminisme et la causalité. Le déterminisme est un principe général. Il n’implique pas nécessairement l’idée de cause.

La ferme croyance au déterminisme est le propre de la modernité et elle s’est répandue au XVIIIᵉ siècle. Si le monde était chaotique, hasardeux et instable, la possibilité de le connaître serait réduite à néant. Si le monde était arbitrairement gouverné par Dieu ou par des forces surnaturelles, il serait illusoire de chercher à le connaître. Pour se lancer dans une entreprise de connaissance scientifique du monde, il faut croire au déterminisme et admettre que ses effets sont accessibles à la raison. Les résultats des sciences, jusqu’à aujourd’hui, montrent que les enchaînements nécessaires supposés exister sont bien au rendez-vous.

Dans la science moderne, qui culmine à la fin du XIXᵉ siècle, le déterminisme est conçu de manière rigide, comme absolu et universel. Cela aboutit, avec Laplace, à la prétention d’une prédictibilité totale. « Nous devons envisager l’état de l’univers comme l’effet de son état antérieur et comme la cause de celui qui va suivre » (Œuvres, Gauthier-Villars, vol. VII, p. VI). Pour une intelligence suffisamment vaste, rien n’est incertain. Il y a là un refus de considérer l’aléatoire et les bifurcations dans les enchaînements historiques. Les lois, formulées en langage mathématique, nous prédisent des faits certains et précis.

Le doute viendra au début du XXᵉ siècle lorsque la physique classique sera ébranlée d’abord par la théorie de la relativité, puis par la mécanique quantique. De Broglie écrit, en 1947, que l’évolution des corpuscules « ne peut être réglée par un déterminisme rigoureux, tout au moins un déterminisme que nous puissions atteindre et préciser » (Physique et microphysique, Albin Michel, 1947, p. 217). Ce qui s’est amorcé dans les années 1920 avec les premières découvertes de la physique quantique s’est confirmé dans la décennie 1970-1980 avec l’adoption d’explications probabilistes. On a pu aussi appliquer des modèles cybernétiques, puis systémiques au vivant et à l’humain.

Dans la science contemporaine, la détermination des faits est conçue de manière souple. On admet l’aléatoire, le chaotique, les récursivités complexes, ce qui, dans certaines circonstances, ne permet qu’une prédictibilité partielle sous forme statistique. Sans renoncer à la détermination, il a fallu admettre qu’elle ne soit ni simple, ni absolue.

On peut supposer que, dans la plupart des domaines connus, il y a bien des enchaînements nécessaires constants. Cependant, on ne peut démontrer qu’ils soient absolus et éternels. Dans les champs complexes, on doit concevoir des probabilités d’occurrences du fait d’une multidétermination et parce que les mêmes conditions ne se retrouvent pas toujours (la clause ceteris paribus ne peut être réalisée). La temporalité y joue un rôle et apporte une irréversibilité. Si le déterminisme continue d’être un principe crédible et indispensable à l’abord scientifique, il doit être conçu avec souplesse.

source :
https://philosciences.com/determination-et-determinisme


Sommes-nous déterminés ?

Les souverains thébains, Laïos et Jocaste, apprennent un jour d’un oracle que leur enfant, Œdipe, assassinera son père et épousera sa mère. Pour tenter de contrer la prophétie, ils abandonnent le nourrisson et Œdipe est adopté par le roi de Corinthe. Devenu adulte, Œdipe assassine un homme à la suite d’une querelle, puis épouse la veuve de celui-ci. Il découvre horrifié que la prophétie s’est réalisée. 

Dès l’Antiquité, l’idée de destin obsède les auteurs de tragédie. Eschyle (L’Orestie), Sophocle (Œdipe roi) ou encore Euripide (Médée) tracent la destinée de personnages à la chute inéluctable, généralement orchestrée par les dieux.

Nous allons étudier l’idée de déterminisme dans la philosophie et son évolution au fil des siècles.

 

Le destin sous l’Antiquité : stoïcisme et pensée cicéronienne

Les stoïciens, (Sénèque, Epictète, Marc Aurèle…), Ive av JC

Dans la pensée stoïcienne, l’univers est régi par le Logos, à l’origine de l’enchainement naturel des causes et donc de la destinée des hommes. Considérant qu’ils ne peuvent maitriser ce qui leur arrive, les stoïciens promeuvent la maitrise de soi et l’acceptation résignée du destin, pour tâcher d’atteindre une forme de bonheur et de paix intérieure.

Cicéron, Du Destin, Ier av JC

Si Cicéron admet dans Du Destin qu’il existe un principe de causalité qui agit sur la vie de l’homme, il introduit une forme de nuance en distinguant les causes extérieures et antécédentes (évènements incontrôlables et extérieurs) et les causes efficientes internes (exercice de sa propre volonté). Le principe de causalité est ainsi contrebalancé par les choix humains, et l’inéluctabilité du destin est questionnée.

Le principe métaphysique de causalité : Descartes et Spinoza

Descartes, Les Méditations métaphysiques, 1641

Le principe de causalité est un élément essentiel de la philosophie de Descartes. Elle lui permet d’expliquer l’origine des phénomènes naturels.

Plus encore, la causalité est la condition d’existence de toute idée claire et distincte, c’est-à-dire que toute idée doit avoir une cause réelle qui doit contenir autant de réalité que son effet. Par exemple, l’idée d’un arbre se fonde sur les perceptions sensorielles et l’expérience directe de la réalité. C’est une idée adventice. A l’inverse, si vous rêvez d’un dragon, il n’y a aucune cause valable de cette idée en ce qu’aucune expérience réelle et cohérente ne permet d’y parvenir, c’est une idée factice, fabriquée par l’imagination.

C’est à ce titre qu’il parvient à prouver l’existence de Dieu : il est une substance infinie et parfaite. Ce n’est ni une idée adventice (pas d’expériences sensorielles de Dieu), ni factice car l’homme, un être fini, ne peut être à l’origine de l’idée d’infini et de perfection. L’existence d’un dieu comme origine de cette idée est à ce titre nécessaire. 

L’importance accordée au principe de causalité dans la philosophie de Descartes montre bien que le monde est déterminé pour celui-ci.

Lire plus : René Descartes : pourquoi faut-il douter ?

Spinoza, L’Ethique, 1677

Pour Spinoza, Dieu est la substance unique qui constitue la réalité, tout ce qui existe est ainsi une expression de cette substance. Chaque événement découle nécessairement de l’essence de la substance divine. Tout ce qui se produit est le résultat inévitable des lois universelles qui régissent l’univers.

Le déterminisme corporel et psychique : Descartes et Freud

Descartes, Traité des passions de l’âme, 1649

Descartes explore le déterminisme corporel et psychique à travers sa conception dualiste de l’esprit et du corps. Il postule que l’âme et le corps sont deux substances distinctes, mais qu’elles interagissent par l’intermédiaire de la glande pinéale. Pour Descartes, les passions, bien qu’ancrées dans le corps, sont causées par les perceptions de l’âme. Cependant, il reconnaît également que les mouvements corporels peuvent influencer l’âme.

Freud, Essais de psychanalyse, 1917

Pour Freud, les comportements humains sont largement déterminés par des forces inconscientes, principalement les pulsions sexuelles et agressives. Selon lui, les expériences de l’enfance jouent un rôle déterminant dans la construction psychique. Les conflits non résolus se manifestent à travers des symptômes névrotiques. Le déterminisme freudien met l’accent sur les mécanismes inconscients et la dynamique intrapsychique, où les désirs refoulés et les conflits internes déterminent les pensées et les comportements conscients.

Le déterminisme économique et social : Bourdieu, Durkheim

Bourdieu, La Distinction, 1979

Pour Bourdieu, les conditions sociales et le capital culturel et économique déterminent les pratiques et les goûts des individus. L’habitus, le système des pratiques des individus, soit les manières d’être, l’apparence, la façon de consommer, de s’instruire est déterminé par le milieu d’origine. Ce système contribue à la reproduction des inégalités sociales.

Lire plus : Les concepts essentiels chez Bourdieu

Durkheim, Les règles de la méthode sociologique, 1895

De même, Durkheim théorise le fait social, soit les manières de penser et d’agir extérieures à l’individu, inconscientes et coercitives. Ces pratiques sont imposées par la société. Ainsi, les phénomènes sociaux, comme les pratiques religieuses par exemple, sont donc déterminés par des structures sociales objectives plutôt que par des actions individuelles. Durkheim insiste sur la nécessité d’étudier ces faits sociaux comme des choses, soit indépendamment des consciences individuelles mais plutôt comme des phénomènes objectifs, en analysant les structures qui les sous-tendent. Le déterminisme durkheimien met en lumière la manière dont les normes, les valeurs et les institutions sociales influencent les comportements individuels.

L’idée de détermination constitue un des questionnements clés en philosophie au fil des siècles. Elle est intrinsèquement liée aux interrogations sur la condition humaine, le libre-arbitre, la psyché humaine, le raisonnement métaphysique et la vie en société. Nombreux sont les philosophes qui s’y sont intéressés en explorant ces divers champs. Si nos vies sont effectivement orientées par des mécanismes causals, psychiques, économiques ou sociaux, les choix individuels demeurent aussi importants dans l’orientation de la vie humaine.

source :
https://misterprepa.net/philosophie-sommes-nous-determines/