
La liberté, est-ce faire ce que l’on veut ? Si je fais ce que je veux, les autres sont-ils encore libres ? Ma liberté n’est-elle qu’une illusion ? Quelle est l’origine réelle de mes choix ? Ne peut-il y avoir des causes que j’ignore et qui me font agir…à mon insu ?
LIBRE OU PAS ?
FATALISME
Fatalisme vient de fatum[1], « destin », en latin. Est donc « fataliste » celui qui croit à une fatalité !
C’est-à-dire qu’il existerait une nécessité qui s’imposerait à l’homme et qui ne lui laisserait aucune liberté.
Le fatalisme considère que tout se déroule conformément à ce qui aurait été dit ou écrit par une volonté supérieure à celle des hommes sans aucune idée de contingence (une chose qui arrive ou non, qui peut être ou ne pas être).
Au sens commun, le fatalisme désigne donc la croyance en la détermination des événements par des causes indépendantes de la volonté humaine, qu’il s’agisse de Dieu, de la nécessité naturelle ou des lois gouvernant l’Histoire.
Si notre vie est déjà toute tracée, tout effort devient illusoire. La seule sagesse serait alors de l’accepter et à vouloir que les choses soient comme elles sont.
Le fatalisme pose donc la question de la responsabilité humaine. Une personne est considérée comme responsable si elle est considérée et se considère comme solidaire de ses actes. (Elle les assume, ce qui suppose conscience et liberté). Mais si tout est écrit, il y a alors irresponsabilité car bien faire ou mal faire n’a plus de sens si l’acte accompli ne dépend pas de moi.
Pour que l’homme soit responsable et qu’on exige de lui qu’il assume ses fautes, il faut donc que ses actions soient autonomes et volontaires. Or, l’idée d’un destin aveugle fait de l’homme un objet et non un sujet de sa vie.
Le loup qui égorge l’agneau n’a pas le choix et n’a pas conscience de « mal agir » ! Le loup n’est ni libre ni arbitre, il est le jouet de ses pulsions et de ses besoins vitaux.
Fatalisme : croyance en la détermination des événements par des causes indépendantes de la volonté humaine. ( Dieu, nécessité naturelle…)
Oedipe ou l’impossibile d’échapper à la fatalité !
Oedipe est le fils de Laïos et de Jocaste, roi et reine de Thèbes. Quelques temps avant la naissance d’Œdipe, l’oracle annonce à Laïos qu’Oedipe tuera son père et épousera sa mère. Laios décide alors d’abandonner son fils dans la montagne. Il lui attache les pieds et les perce. Mais le serviteur chargé de la besogne est ému par les cris du nouveau-né. Il prend l’enfant et le confie à des bergers du roi de Corinthe. Celui-ci l’adopte et lui donne comme nom Oedipe : « celui qui a les pieds enflés » . Il l’élève comme son propre fils.
Œdipe apprenant un jour la malédiction dont il est l’objet, quitte Corinthe pour ne pas que la prédiction se réalise. En chemin, comme l’oracle l’avait prédit, il croise un vieillard sur un char, se querelle avec lui et le tue. Il ne le sait pas mais c’est son père Laïos.
Œdipe arrive à Thèbes, affronte le Sphinx, lion à tête de femme . La créature bloquait les routes menant à la ville, tuant et dévorant les voyageurs qui ne pouvaient résoudre l’énigme fameuse qu’elle leur proposait : ” Quel est l’animal qui le matin marche sur quatre pieds, à midi sur deux et le soir sur trois ?”. Œdipe répond sans hésiter que c’est l’homme, qui au matin de sa vie marche à quatre pattes, va sur ses deux jambes à l’âge adulte et s’aide d’une canne pour soutenir sa vieillesse. Le Sphinx, vexé, se suicide. Œdipe s’attire les faveurs de la ville pour avoir libéré Thèbes du Sphinx. En remerciement, les Thébains le font roi et lui donnent comme épouse la veuve de Laïos, Jocaste. Pendant de nombreuses années, le couple vit heureux, ne sachant pas qu’ils sont en réalité mère et fils. La seconde partie de l’oracle est accomplie.
Les années passent, des enfants naissent du couple incestueux, deux garçons (Etéocle et Polynice) et deux filles, Antigone et Ismène. Les dieux, qui ont longtemps favorisé le règne d’Œdipe, s’aperçoivent soudain, dans un spectaculaire accès de mauvaise foi, que ce roi est un meurtrier. La peste ravage alors le pays. Œdipe envoie son oncle Créon à Delphes, et l’oracle de Delphes proclame que le meurtre de Laïos doit être puni et que la maladie ravagera la cité tant que son meurtre ne sera pas vengé. Œdipe prononce alors contre le meurtrier une malédiction et consulte le devin Tirésias pour connaître le nom du coupable. Tirésias esquive, feinte, suscite même contre lui des soupçons. Finalement, excédé, il conseille à Œdipe de consulter ses serviteurs. L’un d’eux est ce même esclave qui autrefois a “perdu” l’enfant sur le Mont Cithéron. La vérité est dévoilée : Jocaste se tue et Œdipe se crève les yeux. Il quitte Thèbes, conduit par sa fille, Antigone, et vient chercher refuge dans l’Attique.
Plus tard, ses deux fils, Etéocle et Polynice, se disputèrent le trône de Thèbes et se tuèrent l’un l’autre. Créon, devenu roi, fit ensevelir Etéocle, mais interdit qu’on rendît les honneurs funèbres à Polynice.
Antigone ne put supporter l’idée que l’un de ses frères restât sans sépulture et elle désobéit à l’ordre de Créon au prix de sa vie.
Petite réflexion autour du mythe d’Œdipe :
C’est en cherchant à se soustraire à son Destin qu’Œdipe accomplit la prédiction de l’oracle de Thèbes. Qu’aurait-il fallu qu’il fasse, alors ?
Selon le fatalisme, il existerait donc une nécessité qui s’imposerait à l’homme et qui ne lui laisserait aucune liberté.
La seule sagesse serait alors de l’accepter et à vouloir que les choses soient comme elles sont.
LE DETERMINISME
Le déterminisme stoïcien
« J’appelle destin (fatum) ce que les Grecs appellent « heimarménè », c’est-à-dire l’ordre et la série des causes, quand une cause liée à une autre produit d’elle-même un effet. (…) On comprend dès lors que le destin n’est pas ce qu’entend la superstition, mais ce que dit la science, à savoir la cause éternelle des choses, en vertu de laquelle les faits passés sont arrivés, les présents arrivent et les futurs doivent arriver. »
Cicéron, De la divination
Pour les stoïciens, le monde est un système où chaque partie est en rapport avec le tout. Il existe une nécessité, un ordre des choses qui implique que tout ce qui arrive devait arriver…
Chacun doit donc accepter la place qui lui est donnée : « Il ne faut pas demander que les événements arrivent comme tu le veux, mais il faut les vouloir comme ils arrivent ; ainsi ta vie sera heureuse ». (Epictète)
Mais attention, bien que cette conception ressemble au fatalisme, les stoïciens considèrent qu’il y a une place pour une liberté et une action.
Notre pire ennemi, ce ne sont pas les dieux, ou le monde, mais nous-même : ce sont les opinions que nous avons sur les choses qui font que nous sommes libres ou non.
C’est par la raison (et la volonté) que nous allons « faire notre » ce qui arrive, l’accepter. C’est cela qui nous apportera la liberté et la sérénité(le bonheur en tant qu’absence de souffrance /L’ataraxie) Elles adviendront de notre capacité à accepter l’ordre du monde.
En fait pour les stoïciens, les choses (les événements) n’ont pas de valeur en soi. Elles n’ont que la valeur que je leur donne par mon jugement. Et cette valeur que nous donnons aux choses qui arrivent vient plus souvent de notre imagination que de notre raison. C’est cela le début de l’asservissement (de la non liberté)
« Le monde est changement, la vie est opinion » . Marc Aurèle
Le moyen de parvenir à contrôler son jugement sur les choses sera la volonté. C’est par elle que l’homme déterminera la valeur des choses extérieures et décidera s’il convient de poursuivre ou de fuir…
Il s’agit de conformer sa volonté à l’ordre du monde et non l’inverse ! il s’agit d’apprendre à vouloir ce qui nous arrive.
En acceptant l’ordre du monde et en « voulant » ce qui m’arrive, je deviens le maitre de mes pensées. C’est ce qui me rend libre.
« La liberté consiste à vouloir que les choses arrivent, non comme il te plaît, mais comme elles arrivent ». Epictète, Entretiens, II, 35.
Quelles que soient les circonstances, l’homme est libre en ce qu’il reste maître de ses pensées. Ici se dévoile une liberté entière, totale, car aucune puissance au monde ne peut nous contraindre dans l’ordre du jugement. Le sage est libre même en prison. L’homme, livré sans la moindre défense aux revers de la fortune et aux accidents de la vie, peut toujours juger conformément à la raison. Au sein d’une situation tragique, l’indépendance du sage demeure possible si l’on édifie en soi une citadelle intérieure où l’on trouvera la liberté. Emprisonné, Socrate refuse de s’évader et accepte de boire la ciguë. Ce qui a été décidé par d’autres, devient sa volonté. Il est en prison, mais libre.
Si ce qui arrive ne dépend pas de nous, par contre NOTRE JUGEMENT sur ce qui arrive en dépend.
Epictète, Manuel
texte 1
VIII – En toutes choses, il faut faire ce qui dépend de soi, et du reste être ferme et tranquille. Je suis obligé de m’embarquer ; que dois-je donc faire ? Bien choisir le vaisseau, le pilote, les matelots, la saison, le jour, le vent, voilà tout ce qui dépend de moi. Dès que je suis en pleine mer, il survient une grosse tempête ; ce n’est plus là mon affaire, c’est l’affaire du pilote. Le vaisseau coule à fond, que dois-je faire ? Je fais ce qui dépend de moi, je ne criaille point, je ne me tourmente point. Je sais que tout ce qui est né doit mourir, c’est la loi générale ; il faut donc que je meure. Je ne suis pas l’éternité ; je suis un homme, une partie du tout, comme une heure est une partie du jour. Une heure vient et elle passe ; je viens et je passe aussi : la manière de passer est indifférente ; que ce soit par la fièvre ou par l’eau, tout est égal.

texte 2
LXXII. Ne crains rien, ne désire rien, et nul homme n’aura pour toi rien de terrible ni de formidable, non plus, qu’un cheval pour un autre cheval, ni une abeille pour une autre abeille. Ne vois-tu pas que tes désirs et tes craintes sont la garnison que tes maîtres entretiennent dans ton cœur, comme dans une citadelle, pour t’assujettir ? Chasse cette garnison, remets-toi en possession de ton fort, et tu seras libre.
source :
https://philofrancais.fr/liberte-justice-loi