Il est dangereux de jouer les devins. D’abord parce qu’on ne sait jamais quel sujet va tomber. Et surtout parce qu’il faut impérativement être prêt à tous les sujets possibles. Mais en relisant les sujets des deux dernières années, on peut toutefois proposer quelques hypothèses.

Personne ne connaît à l’avance les sujets qui tomberont au baccalauréat de philosophie. Faire des pronostics à ce propos est une entreprise risquée. C’est pourquoi le meilleur conseil est de ne pas jouer son bac sur un pari, et d’être prêt à affronter l’adversité quel que soit le sujet qui vous sera présenté le jour fatidique. Ou alors de parier sur le fait que cela ne tombera jamais exactement sur la question que l’on aura imaginée.

Par ailleurs, il faut s’attendre à ce que les notions au programme n’apparaissent pas formulées telles quelles dans les questions posées. Il faudra alors les déduire à partir de l’analyse des termes du sujet. Ainsi, pour le sujet « Sommes-nous responsables de l’avenir ? », tombé en 2021, les notions à mobiliser en priorité étaient : le temps, le devoir et la justice. Pourtant, aucune ne figure dans la question d’origine.

S’essayer à deviner les sujets qui tomberont doit être surtout l’occasion de jauger sa capacité à organiser sa pensée. Dans cette optique, celles et ceux qui se seront exercés avec les annales des sujets passés seront préparés à n’importe quel sujet. À ce propos, vous pouvez d’ailleurs retrouver nos corrigés des années précédentes ci-dessous.

Les sujets tombés en 2025

L’an dernier, les sujets de la filière générale étaient :

Et voici ceux qui sont tombés pour la filière technologique : 

Les sujets tombés en 2024

L’année précédente, voilà les sujets proposés en filière générale : 

Tandis que pour la filière technologique, il y avait : 

Quelques sujets possibles

Souvent, donc, les sujets du bac permettent d’aborder plusieurs notions du programme, et non pas une seule. Ainsi, pour le sujet « L’artiste est-il maître de son travail ? », il faudrait évidemment mobiliser la notion d’art, celle de liberté (« maître »), ainsi que ceux du travail et de la technique. Cette transversalité permet aux candidats d’avoir une liberté quant à la manière dont ils mèneront leur dissertation. Comme la question initiale est la même pour tous, chaque copie traitera du sujet de manière différente selon la problématique élaborée.

L’analyse statistique des sujets récents révèle que certaines notions sont plus présentes que d’autres. Par exemple, la vérité, l’art, la technique et le travail sont souvent tombées pour les sujets de dissertation. La présence de ces notions deux années consécutives pourrait laisser penser qu’elles ne seront pas reprises cette année, mais il n’y a aucune certitude à ce propos. Quant aux explications de texte, il semblerait que les notions abordées questionnent des problématiques sociales et sociétales. La Théorie de la justice de John Rawls et le livre IX des Lois de Platon mobilisent les notions de justice et de droit ; celles-ci sont réinvesties dans l’extrait de la Théorie des sentiments moraux d’Adam Smith, qui ajoute en complément la notion de l’État ; tandis que la Condition ouvrière de Simone Weil évoque le travail et la liberté (en contraste avec l’aliénation de l’ouvrier).

Parmi les notions les moins investies ces dernières années, et qui pourraient faire l’objet d’un sujet, nous pouvons mentionner : le langage, le bonheur, la conscience et l’inconscient, et la religion. Un sujet du type « Dans quelle mesure peut-on dire que les mots pensent pour nous ? » permettra par exemple d’articuler le langage, la conscience et l’inconscient, notamment avec la théorie du lapsus chez Freud et la linguistique de Ferdinand de Saussure. Mais les sujets plus classiques, focalisés sur une seule notion, sont toujours possibles. Ainsi avec une question telle que « Pour trouver le bonheur, faut-il le chercher ? ». Celle-ci pourrait être traitée par une progression conceptuelle allant des Pensées de Pascal, qui affirme que « Tous les hommes recherchent d’être heureux » (Pensée 138), vers une position critique qui expose comment cette quête du bonheur devient contre-productive lorsqu’elle vire à l’obsession, pour enfin aboutir à un retour sur l’étymologie même du concept de « bonne heure », qui renvoie à l’idée de la fortune et des augures. En d’autres termes, le bonheur étant le propre de l’aléa et de la spontanéité, il serait vain de le chercher.

Ces pistes ayant été présentées, nous rappelons encore une fois que la préparation de l’épreuve de philosophie requiert la maîtrise des 17 notions au programme. Faire des pronostics sur les sujets plausibles ne doit pas mener les candidats à faire l’impasse sur certains thèmes, mais plutôt à découvrir les notions « cachées » dans les questions. Enfin, la connaissance des auteurs est toujours appréciée par les correcteurs (quand ils sont bien compris et mobilisés à juste titre), mais nul besoin d’en inonder sa copie. L’essentiel de l’épreuve repose sur la capacité des candidats à formuler une problématique pertinente et à y répondre.

Quels liens avec l’actualité ?

Depuis la réforme du baccalauréat de 2020, les sujets qui semblent avoir une résonance avec l’actualité sont plutôt en hausse. Ceci est particulièrement clair pour ceux qui mobilisent la notion de la technique, à l’instar du sujet de l’an dernier « Notre avenir dépend-il de la technique ? », qui questionne directement les révolutions sociales et technologiques enclenchées par l’intelligence artificielle. Pareil pour le sujet de 2024 « La nature est-elle hostile à l’homme ? », qui permet de réfléchir à la montée en puissances des catastrophes environnementales dues au dérèglement climatique.

Cependant, il faut comprendre le terme « actualité » sur le temps long, et non pas rapporté à des événements très précis – circonscrits par des dates fixes – car les sujets sont décidés plusieurs mois avant l’épreuve. Si quelque événement, qui arrive dans la semaine qui précède l’épreuve, s’avère coller parfaitement au sujet qui vous sera proposé, il ne s’agira que d’une simple coïncidence. Enfin, il est important de rappeler que l’actualité ne fournit pas d’arguments en soi, mais simplement des exemples, qui peuvent être mobilisés pour illustrer son propos.

source :

https://www.philomag.com/articles/les-sujets-probables-du-bac-philo-2026