"Prendre conscience de soi est-ce devenir étranger à soi ?"

INTRODUCTION :



Quand je dis j'ai conscience de moi, il semble bien que je dise deux choses, je sais que je suis et je sais qui je suis. Le moi paraît être ce dont je suis le plus proche et pourtant il ne m'est pas simple de répondre à la question « qui es-tu ?» comme si ce moi que j'affirme m'était inconnu ou du moins mal connu. Alors, prendre conscience de soi est-ce devenir étranger à soi ? C'est bien dans le développement de cette conscience que je m'éveille à moi-même, mais s'éveiller à soi-même, ne suppose-t-il pas une distance entre ce qui a conscience et ce dont je prends conscience, entre moi et moi, et qui est ce moi qui a conscience ? Cette distance, si elle est condition de connaissance, n'est-elle pas aussi source d'erreur et d'illusion ?
Nous verrons ce que peut signifier d'abord, pour le sujet, prendre conscience de soi, avant de préciser ce que cela implique en terme de distance à soi avant de nous demander s'il y aurait un soi sans la conscience de soi.

 
A-CONSCIENCE DE SOI ET EVEIL à SOI.

H1-On peut penser que prendre conscience de soi c'est se découvrir soi-même :

 En effet, la conscience de soi désigne le niveau de conscience atteint lorsque le sujet est capable de dire « je », il se perçoit comme un individu unique, distinct du monde et des autres, il s'affirme comme un être singulier. Ainsi, même si l'homme n'est qu'un être vivant fragile, un roseau, comme le dit Pascal, c'est un roseau pensant, il sait qu'il existe et il sait qu'il est un roseau. Il se sépare de tout ce qui n'est pas lui et affirme ce qu'il est.


 
 On peut noter plus précisément qu'à ce stade de la conscience, on s'attribue des pensées, des volontés, des désirs, des besoins, des actes, un corps, il se constitue une intériorité qui définit le sujet. Cette vie intérieure caractérise le sujet, c'est la vie de la conscience, propre à chacun et à laquelle chaque sujet a un rapport intime. Ce vécu est également caractérisé par la subjectivité dans la mesure où il est unique, propre à chacun.

 
 Au-delà, prendre conscience de soi, signifie non seulement, que le je s'affirme, qu'il s'attribue des pensées… mais aussi que, il peut se prendre pour objet de réflexion, et que dans cette distance il peut se connaître. Ainsi, Hegel note, que l'être qui est pour lui-même « se contemple, se représente, se pense » par la conscience qu'il prend de lui-même. Il est capable de se faire une idée de lui-même, de produire un concept, une connaissance de son existence et de ce qu'il est, soit par introspection, soit par la production d'œuvre qui vont exprimer objectivement cette intériorité. Il se connaît comme être pensant, comme homme.

Donc, il semble impossible d'affirmer que prendre conscience de soi c'est devenir étranger à soi, puisque c'est s'éveiller à soi, se découvrir comme exister et être capable de se représenter à soi-même comme étant une personne et une personne qui a tel corps et tels états d'âme. Mais, la conscience de soi est-elle véritablement une connaissance de soi ? Se prendre soi-même pour objet de réflexion est-ce possible ? Pour reprendre les mots d'Auguste Comte : Peut-on se mettre à la fenêtre et se regarder passer dans la rue ?





B- CONSCIENCE DE SOI ET DISTANCE PAR RAPPORT à SOI :

H2-Il n'y aurait pas de conscience de soi sans étrangeté à soi :


 
 Prendre conscience de soi implique que le « je » devient pour lui-même un objet de réflexion, il est et il est pour lui-même un objet de réflexion, ceci implique une dualité, une distance entre soi et soi, un soi qui est et un soi qui contemple. C'est cette distance qui fait se poser la question : qui suis-je ? Ainsi, le je qui prend conscience de lui-même devient pour lui-même un inconnu mystérieux, un étranger en ce sens car il perçoit bien le fait qu'un point aveugle (sorte d'angle mort) l'empêche de prendre complètement conscience de lui-même. Il est étranger et même étrange à lui-même en ce sens qu'il se prend pour objet d'étude mais il reste en même temps tout empli de l'intuition qu'il possède de sa propre existence. Dès lors, on peut se demander si une distance objective est possible entre moi et moi, et si bien loin d'être capable d'avoir une idée de moi-même cette conscience n'est pas synonyme d'illusion sur soi.

 
 On découvre bien vite qu'on ne se connaît pas, où qu'on n'est pas ce que l'on croit être. Nous avons conscience d'être et d'être untel (fonctionnaire de police, marié…) et de faire telles choses, mais ce sont là des caractéristiques communes à bien d'autres et quand on nous demande qui nous sommes, il paraît impossible de définir ce « je ». L'expérience du rapport à l'autre nous montre que bien souvent nous nous trompons sur nous –mêmes et, même, nous nous faisons des illusions sur nous-mêmes que les autres essaient de nous dévoiler. La conscience génère l'illusion de la connaissance de soi, aussi, dès qu'on nous demande de nous définir on se heurte à l'inconnu: qui suis-je ?

 
Ainsi, il semblerait bien que prendre conscience de soi ce n'est pas se découvrir soi-même, même si c'est peut-être découvrir qu'il y a quelque chose qui existe. On pourrait même aller plus loin et affirmer que celui qui prend conscience de lui-même est toujours en avant de soi. (en quelque sorte penché sur lui-même de la même manière que la conscience peut être penchée vers le futur comme le montre Bergson).

En effet, si je suis et en même temps je suis pour moi-même un quelque chose qui, je ne suis plus dans la coïncidence avec moi-même, je suis toujours à distance, et en ce sens libre de me faire autre que ce que je me dévoile à moi-même. L'existence de l'être pour soi est absolument indéterminée. L'être pour soi peut toujours se choisir différent et pour échapper à l'angoisse que procure cette découverte je vais essayer d'être quelqu'un de déterminé. Je vais jouer à. Je vais me mentir à moi-même refusant d'assumer cette liberté du pour soi, voilà ce que Sartre appelle la mauvaise foi. Cette mauvaise foi est propre au sujet conscient de lui-même qui se prend définitivement pour, alors qu'il aurait pu se choisir autre et assumer totalement cette capacité de se choisir. Ainsi en est-il lorsque je m'enferme dans un statut (le garçon de café par exemple) en refusant de dévoiler au-delà de ce statut ma personnalité et ma liberté (je ne veux pas m'exposer au regard d'autrui).

Ainsi, on peut affirmer que prendre conscience de soi c'est créer une distance entre soi et soi, une distance synonyme d'erreur sur soi et même d'illusion, et de mauvaise foi. Alors prendre conscience de soi, n'est-ce pas devenir étranger à soi-même ? Pour autant, on pourrait encore dire que sans cette prise de conscience de soi il n'y aurait pas même de soi. Le soi et l'affirmation du soi ne supposent-ils pas la conscience ?



B- CONSCIENCE DE SOI ET DISTANCE PAR RAPPORT à SOI (VERSION II)


 
 Prendre conscience de soi implique que « je » devient pour lui-même un objet de réflexion, il est et il est pour lui-même un objet de réflexion, ceci implique une dualité, une distance entre soi et soi, un soi qui est et un soi qui contemple. C'est cette distance qui fait se poser la question : qui suis-je ? Ainsi, le je qui prend conscience de lui-même devient pour lui-même un inconnu mystérieux, un étranger en ce sens. Par ailleurs, on peut se demander si une distance objective est possible entre moi et moi, et si bien loin d'être capable d'avoir une idée de moi-même cette conscience n'est pas synonyme d'illusion sur soi.



 On ne se voit pas tel qu'on est parce que :

-La conscience que nous avons de nous-mêmes est déterminée par nos conditions sociales d'existence. Un ouvrier du XIXème n'a pas la même conscience de lui-même qu'un ouvrier du XXème siècle (développer la référence à Marx- ci-dessous)

"Ce n'est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence, c'est au contraire leur existence sociale qui détermine leur conscience."

(Karl Marx / 1818–1883 / Oeuvres économiques)

-La conscience que nous prenons de nous-mêmes est déterminée de l'intérieur par des tendances non conscientes qui font qu'on se voit tel que l'on a envie de se voir et non pas tel qu'on est (référence : Freud ou Spinoza). Il est d'ailleurs nécessaire d'en passer par un tiers pour évoluer vers une véritable connaissance de soi.



Il semblerait donc que prendre conscience de soi c'est devenir inconnu de soi, étranger à soi, puisque c'est nourrir et développer sans cesse des illusions sur soi. Pour autant, on pourrait encore dire que sans cette prise de conscience de soi il n'y aurait pas même de soi. Le soi et l'affirmation du soi ne supposent-ils pas la conscience ?



C- SANS CONSCIENCE DE SOI PAS DE SOI :


 
H3- Il n'y aurait pas de soi et d'identité du soi sans conscience de soi :

 
Le soi naît dans et par la conscience, sans conscience pas de soi et pas de continuité de soi dans le temps et l'espace (développer la référence à Kant (p : 31 Ed Hatier extrait de « anthropologie du point de vue pragmatique » ou Bergson p : 26 Ed Hatier extrait de « la conscience et la vie »).

®S'il n'y a pas de soi sans la conscience de soi, et si le soi s'endort avec la conscience, alors, le soi n'est-il pas une illusion de la conscience ? Y a-t-il quelque chose qui serait soi ? N'y a-t-il pas que la conscience mémoire et anticipation qui relie les pensées ? Ce qui est saisi, quand "j'entre en moi-même", ce n'est pas le moi en tant que tel, mais telle ou telle impression par exemple: je perçois, non pas que mon moi a faim, mais simplement, je prends conscience que j'ai faim."Entrer en soi-même", pour Hume, c'est simplement prendre conscience de quelque chose, et non pas s'apercevoir que l'on est une conscience. Il n'y a pas perception d'un moi accompagnée d'une affection de ce moi, mais seulement perception d'une impression. Ce que je perçois par introspection, ce n'est pas un moi mais un flux d'impressions qui sont discernables et donc différentes les unes des autres. Que se passe-t-il donc quand nous n'avons aucune perception particulière? Bien loin de ne plus avoir conscience que de notre "moi", nous n'avons plus aucune conscience. Donc, l'absence (ou la diminution en nombre et en intensité) de toutes les impressions, équivaut au néant de la conscience. C'est pourquoi, dans le sommeil, je n'ai pas conscience de moi. « Toute conscience est toujours conscience de quelque chose » comme le dit Husserl, toute conscience est tournée vers autre chose qu'elle-même, il n'y a pas de dedans et donc peut-être pas de moi.

S'il n'y a pas de soi et même une illusion de soi sans conscience de soi, peut-on réellement affirmer que prendre conscience de soi c'est devenir étranger à soi ? N'est-ce pas de venir soi, cet être qui est pour lui-même un quelque chose d'insaisissable ?



Cependant lorsque la conscience en tant que processus psychologique caractérisé par la puissance de synthèse et l'intentionnalité tente de se poser elle-même comme objet, n'est elle pas confrontée à un objet différent d'elle-même au sens ou l'intuition qu'elle a d'elle-même ne correspond qu'au résultat, à la conséquence des innombrables facteurs la déterminant (corps, milieu social, Inconscient ?). La conscience serait donc cette faculté indispensable à la manifestation du Monde et plus particulièrement de soi à soi (sans que l'on sache s'il ne s'agit au fond que d'une illusion) 



CONCLUSION :
On ne peut pas dire que prendre conscience de soi c'est devenir étranger à soi, sauf dans le cas d'un effort, sans doute vain, de connaissance exhaustive de soi par soi, car ce fameux soi n'existe que dans et par la conscience et peut-être même qu'il n'est qu'une illusion de la conscience. Affirmer que le soi ou le sujet n'est qu'une illusion pose, néanmoins le problème de la responsabilité juridique et morale.
source : https://bruno02042010es.skyrock.com/2940085629-prendre-conscience-de-soi-est-ce-devenir-etranger-a-soi.html
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Dissertation entièrement rédigée en trois parties :
I. Prendre conscience de soi c’est produire une identité,
II. Mais prendre conscience de soi, c’est devenir étranger à soi,
III. La prise de conscience de soi comme mise à l’épreuve perpétuelle de sa liberté

Introduction
Il est fréquent, lorsqu’on entend pour la première fois sa voix enregistrée, de ne pas se reconnaître. Prenant conscience d’une partie de soi, on s’apparaît tout à coup comme autre que ce que l’on croyait. Cette nouvelle apparition de soi à soi n’est-elle pas pour l’homme une énigme ? Prendre conscience de soi n’est ce pas devenir étranger à soi ?

Mais prendre conscience de soi, c’est passé d’une conscience immédiate des choses à une conscience qui se réfléchit, qui se pense pensant les choses. Prendre conscience de soi signifie que l’on diminue la distance qui se trouve entre ce que l’on est et ce que l’on a conscience d’être. On réduit ainsi la part d’inconnu en soi. Dès lors, la conscience de soi permettrait de mieux se connaître, de se maîtriser et donc de se réaliser.

La prise de conscience de soi implique une distance entre ce que l’on découvre être et ce que l’on croyait être. Cette distance est-elle ce qui rend étranger à soi, au risque de perdre ce qui fait l’unité du moi : l’identité ? Ou au contraire cette distance est-elle la condition de possibilité d’une reconnaissance de soi par soi, qui donnerait accès à une existence plus réfléchie et plus libre ?

I. Prendre conscience de soi c’est produire une identité
Prendre conscience de soi, c’est passé d’une conscience immédiate, d’une perception du monde extérieur et de ses différents états à une conscience réfléchie, à une conscience de soi qui se saisit en tant que sujet. Le sujet fonde l’identité d’un individu car il est le principe qui unifie l’ensemble des représentations, des états mentaux d’une même personne.
Pour Kant dans l’Anthropologie du point de vu pragmatique, le pouvoir de dire « je » est constitutif de la dignité humaine. Par cette faculté, l’homme a le pouvoir de se « penser » et pas uniquement comme les animaux de « se sentir ». Si l’homme a une conscience, l’animal, lui, n’a qu’un instinct. Kant explique qu’un enfant commence par parler de lui à la troisième personne, et que la conscience de soi devient réelle lorsqu’il dit « je ». Après cette révélation, l’enfant ne fait jamais marche arrière. C’est ce même « je » qui donne aux différentes représentations une unité, une cohérence. La conscience de soi se fait alors à travers l’activité même de la conscience. Prendre conscience de soi devient la condition de possibilité pour se rapprocher de la réalité, y compris de sa propre réalité.

Celui qui réfléchit sur sa pensée qui cherche à savoir ce qu’il sait de sa conscience quand il pense, apprend au moins une chose : il est un être de pensée. Si l’on entreprend de douter de tout pour trouver une certitude absolue, une seule certitude résiste au doute selon Descartes : nous sommes des êtres pensants car si je doute, je pense et si je pense, alors je suis. Prendre conscience de soi est, en ce sens, prendre conscience de sa spécificité humaine, de sa spiritualité, et non pas devenir étranger à soi. Prendre conscience de soi, c’est devenir pleinement soi en affirmant sa différence radicale avec l’animal : la possibilité de penser et donc de parler.

Prendre conscience de soi serait la condition pour se rapprocher au plus près de soi, pour se réaliser et devenir soi-même. En effet, la conscience de soi est inscrite dans un processus naturel de l’évolution de l’homme qui accède à la pensée et au langage. Mais il s’agit ici davantage un « avoir » conscience de soi donné que d’un « prendre » conscience de soi actif. Que sait-on exactement de lorsque l’on sait qu’on est un être de conscience ?

II. Mais prendre conscience de soi, c’est devenir étranger à soi
Vouloir prendre conscience de soi, c’est s’interroger sur soi, sur ce que l’on peut faire et dire, dont le sens nous échappe parfois.

Les lapsus, les actes manqués, les rêves chez l’homme sain, ou les symptômes psychiques chez le malade amènent Freud à postuler l’hypothèse de l’inconscient. Sans lui, bien des actes, même les plus quotidiens, demeuraient incohérents. Prendre conscience de soi, c’est alors admettre que le sujet n’est pas transparent à lui-même, qu’il y a une part du psychisme à laquelle la conscience n’a pas accès. De ce fait, le sujet ne peut avoir la maîtrise absolue de lui-même ; le « moi », n’a plus qu’une perception incomplète de lui-même, le « moi », écrit Freud dans les Essais de psychanalyse appliquée, « n’est pas maître dans sa propre maison », il devient en ce sens étranger (hors de chez lui) à soi : « Je est un autre ».

« Je est un autre » est une phrase extraite d’une lettre du poète Arthur Rimbaud. Il répond à un professeur qu’il n’entend pas prendre le droit chemin de la société et du travail. Bien au contraire, il s’ « encrapule le plus possible » de manière à dérégler « tous ses sens » pour parvenir « à l’inconnu » et donc se faire « voyant ». Ainsi il entend accéder à l’autre dans son altérité par le chemin inverse d’une connaissance objective. Il prétend qu’il ne pense pas, mais qu’ « on » le pense : le poète est celui à travers qui autrui (les autres hommes, mais aussi le monde) s’exprime. Le poète serait celui pour qui la prise de conscience, matérialisée par la création, passe par une sorte de soi volontaire, une possibilité d’atteindre l’humanité universelle de son moi.

Par rapport aux autres êtres de la nature, l’homme se caractérise par la conscience qu’il a de soi, de son esprit. Cette prise de conscience se fait, explique Hegel dans Esthétique, de deux manières. En théorie, l’homme réfléchit sur lui-même, sur les mouvements de son âme, qu’ils soient provoqués par le monde extérieur ou de son propre fait. En pratique, l’homme prend conscience de lui par son activité, qui est en réalité la marque de son intériorité sur le monde extérieur. Par exemple, un petit garçon prend déjà conscience de lui lorsqu’il lance des pierres dans l’eau et contemple les ronds qu’il fait, son œuvre. Prendre conscience de soi, c’est donc sortir de soi, de sa réflexion pour agir sur le monde : de cette manière, on marque le monde de son activité qui en retour témoigne de ce que l’on est. Ce « travail » établit une distance entre soi et soi, et c’est pourquoi on peut sembler étranger à soi.

Ainsi on ne peut accéder à la conscience de soi par la simple réflexion : une part inconsciente du psychisme échappe toujours à la prise de conscience. La conscience doit se faire autre qu’elle s’imagine être : elle doit s’extérioriser. La conscience doit être pratique ; elle doit être un acte pour pouvoir se saisir dans le monde. En ce sens toute conscience est conscience de quelque chose. Elle est intentionnelle, selon Husserl, c'est-à-dire qu’elle porte en elle l’objet qu’elle vise. Si le passage à l’altérité est nécessaire pour prendre conscience de soi, comment comprendre alors qu’une identité se conserve ?

III. La prise de conscience de soi comme mise à l’épreuve perpétuelle de sa liberté
Prendre conscience de soi consiste à rechercher ce que l’on est, à chercher l’essence constitutive de son identité.

Mais cette essence ne se donne pas spontanément. L’homme existe d’abord, il surgit et se rencontre dans le monde. Il ne se définit qu’après. Sartre caractérise ainsi l’existentialisme dans L’existentialisme est un humanisme. L’homme peut donc tout au long de son existence se redéfinir à chaque instant, et se libérer des déterminismes auxquels il se croit soumis. En effet, la conscience de soi ne se confond pas avec la conscience de quelque chose de soi (ses différentes caractéristiques). L’homme est toujours libre d’agir autrement et de devenir autre qu’il n’est déjà. Que ce soit sa profession, son milieu social, son enfance, il a toujours la possibilité d’agir en fonction d’une nouvelle détermination qu’il crée lui-même : il est toujours libre. Ses passions, quelles que soient leurs causes, ne constituent pas un motif suffisant pour l’empêcher d’agir ou d’être différemment. La mauvaise foi serait de le croire. On ne naît pas lâche ou héros. On le devient, et ce n’est jamais définitif. Prendre conscience de soi serait prendre conscience que l’on reste à chaque instant responsable (capable de répondre à ses actes.

En se libérant du déterminisme – de la croyance au déterminisme -, on s’offre la possibilité d’être toujours un autre que ce que l’on était, un étranger. Mais prendre ainsi conscience de soi renvoie à l’inadéquation de l’homme à lui-même, au décalage entre ce qu’il a projeté d’être et sa situation, et crée un sentiment d’angoisse. L’étranger que l’on peut devenir pose le problème du moi comme identité instable : il inquiète.
Comment vivre sans angoisse l’étrangeté de l’homme à lui-même, ce décalage entre ce que l’homme est et ce qu’il devient ? Est-il réduit à vivre dans l’inconscience de lui-même ? Si le décalage entre l’essence et l’existence peut répondre à une nécessité morale, sur un plan psychologique, en revanche, l’homme peut faire durer les différents instants les uns par rapport aux autres. La conscience de soi consiste pour Bergson en une attention soutenue entre le passé dont il se souvient et l’avenir qu’il anticipe. La conscience est « un pont jeté entre l’avenir et le passé », écrit-il dans L’Energie spirituelle. Ainsi prendre conscience de soi serait devenir étranger à soi dans la mesure où la conscience de soi c’est l’expérience même de l’énigme du temps. Mais l’identité est préservée car elle se perpétue et se reconstruit perpétuellement tout au long de la vie.

La prise de conscience de soi engage l’action et la possibilité d’agir sur soi librement, de se transformer. Dès lors, le soi est toujours autre mais, à travers ce changement, l’identité constitue ce qui lie les différentes déterminations du soi entre elles. C’est en ce sens que la prise de conscience de soi engage la responsabilité, la possibilité de répondre de ses actes, passés et à venir.

Conclusion
L’énoncé du sujet posait un problème épistémologique : comment la conscience peut-elle être à la fois sujet et objet de sa réflexion sans perdre sa spécificité, son identité ? Ce problème s’est déplacé en difficulté psychologique : le psychisme est double car il ne se réduit pas à la conscience ; une part obscure rend chacun étranger à lui-même. Le problème ne se comprend finalement que métaphysiquement : le sujet conscient se définit par sa temporalité et par son inscription dans l’action qui le renvoie à sa liberté.

source :
https://www.20aubac.fr/corriges/32350-prendre-conscience-soi-est-devenir-etranger-soi
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Prendre conscience de soi est-ce devenir étranger à soi ?

LE CORRIGÉ
I – LES TERMES DU SUJET

Une notion supposé étudiée est ici en jeu : conscience.

A – CONSCIENCE DE SOI

Conscience de soi s'oppose à connaissance de soi. Il ne s'agit pas d'une connaissance objective de ce qu'on est, de son "essence", mais d'un sentiment, subjectif, de son existence, avec sa part de mystère.

B – DISTANCE A SOI OU ALIENATION

Avoir conscience de soi suppose donc un certain recul par rapport à soi, une distance réflexive. J'ai conscience de moi comme d'un autre, mystérieux.

II – L'ANALYSE DU PROBLEME

Il faut comprendre le sujet dans sa dynamique : il s'agit de prendre conscience de soi. Ce moment de prise de conscience suppose que nous nous arrachons à un sentiment immédiat de nous-même. Lorsque j'agis machinalement, dans la vie quotidienne, mon identité ne fait pas problème. Prendre conscience de soi, réfléchir sur soi, c'est s'apparaître à soi-même comme une énigme : qui suis-je au juste ? Mon identité n'est plus évidente, elle est problématique.

Dès lors, une question s'impose à nous : cette distance à soi impliquée par la prise de conscience de nous-même nous rend-elle étranger à nous, ou bien nous permet-elle d'accéder à une nouvelle dimension de notre existence, réflexive et libre. La question socratique : "Qu'est ce que l'Homme ?" implique que l'Homme n'est pas un objet qu'on peut connaître objectivement mais une énigme pour lui-même. Le sujet invite donc à penser la spécificité de l'existence humaine.

III – UNE DEMARCHE POSSIBLE

A – LE MOMENT DE L'ETRANGETE

1) Remise en cause de son identité sociale

Tout homme se définit par son métier ou son appartenance nationale. Je suis artisan, professeur, étudiant, français, espagnol… Nous avons une place dans la société, mais cette place suffit-elle à nous définir et que signifient pour moi ces fonctions sociales, ces étiquettes qui permettent de se repérer et d'être repéré par autrui ? Prendre conscience de soi fait apparaître à l'individu singulier que sa subjectivité, son intimité, se dérobent à toute définition. Notre identité sociale n'est donc pas évidente.

2) Remise en cause de son identité psychologique

Il faut ici distinguer une conscience de soi immédiate et une conscience de soi réflexive, en jeu dans la prise de conscience. Le passage de l'enfance à l'adolescence permet d'éclairer ce point. L'enfant à une conscience de lui-même, largement dépendante du regard que ses parents posent sur lui. Il est ce que ses parents lui disent qu'il est. L'adolescent se cherche, subit de multiples influences. Il prend conscience de lui-même comme d'un être libre, qui a des choix non évidents à opérer. Prendre conscience de soi, c'est s'éprouver face au monde, c'est faire des expériences, au risque de se perdre. Ce moment est celui de l'aliénation. "Je est un autre", disait Rimbaud.

3) Conclusion

L'identité de l'Homme n'est pas donnée comme une évidence, elle se conquiert. C'est un travail que chaque individu doit accomplir pour son propre compte.

B – L'HOMME S'AFFIRME COMME UN SUJET LIBRE

1) La conquête de soi

Certes, dans certains cas pathologiques, un homme peut cultiver une conscience morbide de lui-même qui le paralyse. Un dépressif s'auto-analyse en permanence sans pouvoir agir. On peut citer Roquentin, dans La Nausée de Sartre. Mais, prendre conscience de soi, de sa situation, permet normalement d'agir sur celle-ci. Grâce à la distance réflexive, l'Homme se détermine librement, il affirme ainsi un pouvoir sur lui-même. Le moment de l'adolescence est à dépasser : si rien n'est écrit d'avance, si je n'ai pas d'identité assurée, je peux ainsi décider de mon avenir.

2) Conscience et temporalité

L'Homme, parce qu'il est libre, ne peut prédire son avenir. Il est ce qu'il choisit d'être. Mais que choisirait-il demain ? Lui-même ne le sait pas encore, c'est donc la dimension temporelle de l'existence humaine qui éclaire la notion d'étrangeté. L'avenir est énigmatique, mais cela suppose que le présent est le moment de la liberté. D'autre part, comme la psychanalyse l'a montré, en prenant conscience de mon passé, je me libère de mes traumatismes passés.

3) Conclusion

Prendre conscience de soi permet donc de se libérer du passé, d'affirmer un pouvoir d'agir sur le présent. L'avenir apparaît dès lors énigmatique, à la fois univers de possibles et source d'inquiétude.

IV – DES REFERENCES UTILES

Descartes, Discours de la méthode
Sartre, L'existentialisme est un humanisme
Rimbaud, Lettre du voyant
Freud, Introduction à la psychanalyse
V – LES FAUSSES PISTES

Ne pas réciter un cours. Il fallait prendre le sujet dans sa dynamique.

VI – LE POINT DE VUE DU CORRECTEUR

Sujet classique mais délicat qui suppose une analyse approfondie de la notion de conscience de soi. L'analyse de notions en introduction s'avère ici essentielle.

source : https://www.france-examen.com/bac/annales/philosophie/conscience-et-alterite-996.html