Problème :

Le problème majeur que pose le sujet est l’impossibilité de concilier « bonheur » et « vérité ». Cette incompatibilité vient du fait qu’on a tendance à dire que, conformément à une tradition biblique, « heureux, les simples d’esprit » qui est en fait, un traduction erronée de la Bible. En disant que seuls les « simples d’esprit » sont heureux, on suppose que seuls ceux qui ne se torturent pas à trouver la vérité, ceux qui ne produisent aucun effort en vue de cette fin sont véritablement calmes et posés et qu’ils trouvent le bonheur dans cette absence totale d’efforts. Comme si cette « agitation » à laquelle s’adonne le savant-fou serait une attitude opposée au bonheur. Inversement, on a tendance à dire que celui qui cherche la vérité ne pourra jamais trouver le bonheur car en récoltant le savoir, il s’éloigne de plus en plus du bonheur et dissipe l’illusion même qu’il existerait un état ultime de satisfaction suprême. Le but de cette dissertation sera alors de dépasser cette simple opposition entre « bonheur » et « vérité » et trouver une solution pour réconcilier ces deux notions.

On peut reprendre ici les dires de Zola dans son discours à l’Assemblée générale des étudiants de Paris (18 mai 1893) : « La science a-t-elle promis le bonheur ? Je ne le crois pas. Elle a promis la vérité, et la question est de savoir si l’on fera jamais du bonheur avec de la vérité.« 

Problématique :

Bonheur et vérité sont-ils incompatibles ? Ne doit-on pas dépasser cette incompatibilité simpliste et concilier ces deux notions supposément opposées ? 

Point méthode : La problématisation du sujet est essentielle en philosophie ! Le philosophe ne répond pas à des questions mais soulève les présupposés de la question, les problèmes que ces présupposés engendrent et tente de les solutionner. Le but de la dissertation serait alors de soulever un problème et d’y apporter une solution, d’où l’importance capitale de la problématique !

Plan possible :

I. Il faut préférer le bonheur à la vérité car d’une part, l’attitude qui consiste en la quête de la vérité nous éloigne du bonheur et d’autre part, la vérité est toujours affligeante et humiliante.

A. La quête de la vérité et la lassitude qui en découle

B. La vérité comme affligeante et humiliante

II. Mais cette conception du bonheur supposerait qu’il faut préférer une vie faite d’ignorance et de naïveté, dans laquelle nous serons constamment trompés à une vie constituée de savoir. La quête de la vérité semble être de ce fait préférable, car plus conforme à notre nature d’être de raison. Il est ainsi de notre devoir de chercher la vérité.

A. L’illusion d’un bonheur

B. La quête de la vérité, un devoir moral

III. Cependant, cela supposerait qu’en « préférant » la vérité, nous empruntons une voie distincte de celle qui mène bonheur. Cette dualité qui oppose frontalement bonheur et vérité doit ainsi être dépassée : ce n’est qu’en cherchant la vérité que nous pouvons trouver le bonheur. La quête de la vérité engendre par conséquent le bonheur. 

A. La vérité est accessible et stable

B. Le bonheur qui résulte de la vérité ou de sa quête

« (…) celui qui dit que le moment de philosopher n’est pas encore venu ou que ce moment est passé, est semblable à celui qui dit, s’agissant du bonheur, que le moment n’est pas encore venu ou qu’il est passé. » Épicure, Lettre à Ménécée (trad. Pierre-Marie Morel), GF

source :
https://initiationphilosophique.wordpress.com/2015/12/25/dissertation-faut-il-preferer-le-bonheur-a-la-verite/comment-page-1/


Tout homme recherchant son bonheur, il semble évident que la préférence ne peut se porter que sur le bonheur ; mais cela signifierait que l’on serait prêt à tout pour l’atteindre, y compris à mettre de côté la vérité. Mais ne serait-ce pas là un mauvais calcul ? Pourrions-nous encore être certains d’atteindre le bonheur, en perdant contact avec la réalité ?

Tous et chacun nous recherchons le bonheur, mais ne sommes pas d’accord sur les moyens d’y parvenir. De plus, la réalité se dresse souvent entre nos désirs et leur satisfaction. Et la vérité nous rappelle à cette réalité qui ne nous satisfait pas. Dès lors, pourquoi notre désir d’être heureux n’emprunterait-il pas les voies de l’ignorance volontaire, du mensonge ou de l’illusion (c’est-à-dire, nier cette réalité) ? L’ignorance nous conduit à être aisément satisfaits ; le mensonge nous permet de tromper les autres, en affirmant comme vrai ce qui est faux ; l’illusion nous fait prendre nos désirs pour des réalités. La question de la préférence qui doit être la nôtre du bonheur au prix de la vérité est donc une question pratique : cette question engage notre action, si le bonheur est bien la fin de notre existence, dont il importe de connaître le moyen de le réaliser.

Faut-il alors préférer la vérité au bonheur, quitte à se rendre malheureux, ou bien peut-on sacrifier à notre quête du bonheur le sens de la réalité et la recherche de la vérité ?

Le film de Peter Weir The Truman Show pose la question : Peut-on faire le bonheur d’autrui à son insu ?
Philosophiquement le film est intéressant car il permet de faire porter par Jim Carey, Truman dans le film, le problème suivant : Est-il permis de faire le bonheur de quelqu’un en lui épargnant la vérité, ou bien au contraire la conscience de soi-même et de son environnement n’est-elle pas essentielle au bonheur de quic
onque ?

Plan du cours :

I. Il faut préférer le bonheur à la vérité car la vérité peut nous rendre malheureux.

– il faut distinguer le moyen de la fin ; le bonheur est la fin de l’homme ; la vérité ne serait donc qu’un moyen que l’homme emploie à sa guise pour se conduire au bonheur.

– l’amour-propre nous conduit à mentir, à nous abêtir, à chercher à faire illusion à soi-même comme aux autres. Illustration : Pascal, Pensées (l’amour-propre)

Transition : le bonheur exige-t-il un tel sacrifice de la vérité, comme si le bonheur était en lui-même une valeur, alors qu’il n’est au final qu’une fin naturelle ? La vérité n’a-t-elle pas en définitive davantage de valeur pour l’homme ?

II. Il faut préférer la vérité à la satisfaction, car la vérité est une valeur plus digne de l’homme que sa satisfaction.

– on peut et on doit distinguer la contrainte de l’obligation. La recherche par l’homme de son bonheur est sans doute pour lui une contrainte plus qu’une obligation. La vérité, l’homme s’y trouve librement obligé : la dire et la rechercher devient ainsi un devoir qui en fait l’humanité.

– Comment comprendre avec Stuart Mill que nous n’accepterons pas de nous abêtir durablement par simple recherche d’une facile satisfaction? C’est que nous y perdrions ce qui seul donne sens à un bonheur – notre humanité. Donner congé à la vérité, à la réalité, c’est donner congé à notre humanité : comment alors penser par là faire notre bonheur ?

=> Pour aller plus loin : voir comment Épicure distingue les désirs dans la recherche du bonheur.

Transition : ainsi, si la vérité est plus digne de l’homme que la recherche de la satisfaction, il n’est pas encore acquis qu’elle puisse nous priver au final du bonheur. Au contraire, peut-être n’est-ce que parce que l’homme s’oblige à la vérité qu’il peut réaliser son bonheur véritable.

Quiconque suppose que cette préférence [pour un degré d’être supérieur plutôt que pour un degré inférieur, lui procurant plus de satisfaction] est un sacrifice du bonheur, que l’être supérieur, dans des circonstances identiques, n’est pas plus heureux que l’être inférieur, confond deux idées très différentes, l’idée de bonheur (happiness) et l’idée de satisfaction (content). […] Il vaut mieux être un homme insatisfait qu’un porc satisfait, il vaut mieux être Socrate insatisfait qu’un imbécile satisfait. Et, si l’imbécile et le porc sont d’opinions différentes, c’est seulement parce qu’ils ne connaissent qu’un côté de la question. L’autre partie, pour la comparaison, connaît les deux côtés.

Jonh STUART MILL, L’utilitarisme (1871)

PticLuc, Pacush Blues, Septième Saut Variation sur un thème imposé (B.D.), Vents d'Ouest, 1991

PticLuc, Pacush Blues, Septième Saut Variation sur un thème imposé (B.D.), Vents d’Ouest, 1991

Animalité ou réalité virtuelle (illustration par l’exemple)

Si Stuart Mill se sert de l’animalité (de la condition de bête) comme repoussoir contre la tentation de la satisfaction à bon compte, au dépends de la vérité, on peut aujourd’hui poser la question à nouveaux frais. En effet, que répondrions-nous à celui qui nous donnerait le choix existentiel suivant :

– ou bien continuer à vivre sa vie, pleine de joies, de plaisirs mais aussi de déceptions, de misères et de peines,

– ou bien s’asseoir bien confortablement dans un fauteuil, se faire équiper d’électrodes, et se couler jusqu’à cessation des fonctions vitales dans une réalité virtuelle où déceptions, misères et peines seraient bannies…

III. La vérité est non seulement plus digne de l’homme que la satisfaction, mais aussi le plus sûr chemin pour faire son bonheur véritable.

– la seule satisfaction ne fait pas encore le bonheur, il faut ainsi distinguer plaisir et bonheur. Qu’est-ce qui nous permet de distinguer les plaisirs à rechercher des plaisirs à fuir, si ce n’est la connaissance, la recherche de la vérité ?

– chercher dans un bonheur illusoire une satisfaction exprime plutôt une impuissance ; c’est que nous ne sommes pas satisfaits de la réalité qui est la nôtre. La religion peut être décrite comme un symptôme de cette tendance : elle signifie que nous recherchons dans des « arrières-mondes » (Nietzsche) ce que nous recherchons dans ce monde-ci, sans pouvoir le trouver. Le problème, c’est qu’en retour la religion peut nous inviter ainsi à nous satisfaire de ce monde, puisque c’est en un autre que nous trouvons dès lors satisfaction. La lutte contre l’illusion religieuse (« l’opium du peuple ») chez Marx a donc pour sens, non pas une moquerie à l’égard des religieux, visant à les priver de leur seul réconfort, mais bien plutôt une lutte contre l’ignorance qui entretient le besoin d’illusion, qui à son tour entretient une réalité qui a besoin de l’illusion (parce qu’elle est misérable). La recherche de la vérité, en ce sens, peut seul conduire à un véritable bonheur, en nous détournant à la fois des illusions, mais aussi en nous permettant de transformer collectivement la réalité pour que celle-ci satisfasse réellement les hommes.

=> Pour aller plus loin : le scepticisme de Sextus Empiricus permet aussi de soutenir cette thèse.

Elle est l’opium du peuple.
Abolir la religion en tant que bonheur illusoire du peuple, c’est exiger son bonheur réel. Exiger qu’il renonce aux illusions sur sa situation c’est exiger qu’il renonce à une situation qui a besoin d’illusions. La critique de la religion est donc en germe la critique de cette vallée de larmes dont la religion est l’auréole.

Karl Marx, Critique du droit politique hégélien, 1843

source :
https://philoenclassestechno.over-blog.com/2015/09/faut-il-preferer-le-bonheur-a-la-verite.html



I – L’ANALYSE ET LES DIFFICULTES DU SUJET

● Le sujet se réfère à deux notions du programme : le bonheur et la vérité.
Le rapport entre les deux n’est pas au premier abord évident ; la vérité est un problème théorique (il concerne la connaissance), le bonheur est un problème pratique (il concerne la conduite dans l’existence). Mais il faut bien voir que la vérité relève aussi d’un choix moral, car on peut préférer vivre dans le mensonge, l’erreur ou l’illusion.
C’est un sujet intéressant et riche, qui fait appel à votre expérience, votre réflexion, vos lectures (des exemples romanesques seraient bienvenus), et bien entendu à vos connaissances philosophiques.

● Le sujet vous invite à vous prononcer sur les valeurs respectives du bonheur et de la vérité lorsqu’il s’agit de se donner des principes de conduite pour mener son existence.

● Le bonheur peut être défini comme un sentiment de satisfaction pleine et durable, mais en remarquant qu’il semble comporter aussi une part de hasard ponctuel et favorable (le bonheur c’est aussi la chance, c’est bien pour cela que l’on a des « porte-bonheurs » !)

● La vérité peut être définie ici comme une volonté de sincérité par rapport à soi-même et aux autres, et de lucidité par rapport à la réalité de l’existence.

II – LA PROBLEMATIQUE

● On parle souvent des « imbéciles heureux », et on a tendance spontanément à penser que pour être heureux, « il ne faut pas se poser trop de questions ». « Rechercher la vérité », « vivre dans la vérité » sont des activités pénibles, exigeantes et peut-être toujours insatisfaisantes. En revanche, tout le monde veut être heureux, et si le bonheur est dans le plaisir, le pouvoir ou l’action, la vérité semble une valeur superflue, voire néfaste à notre bonheur, et il faut donc la délaisser.

● Pourtant la question posée nous invite implicitement à nous demander si la vérité ne serait pas une condition nécessaire au bonheur. Loin d’être inconciliables, les deux notions seraient alors liées

III – LES PISTES DE REFLEXION

● Pour traiter le sujet, il est peut-être bon de partir de l’opinion spontanée : le bonheur est préférable à la vérité. « La philosophie ne vaut pas une heure de peine » disait Pascal.
On peut montrer assez simplement que la vérité est une exigence pénible et difficile, source de cruelles désillusions, alors que le bonheur est une finalité naturelle pour tous les hommes, simple et aisée à trouver si on ne réfléchit pas trop.
Pour approfondir, vous pouvez vous référer à Calliclès (qui valorise le bonheur dans la puissance et le pouvoir) reprochant à Socrate son inutile et néfaste recherche de la vérité (Platon, Gorgias)

● Mais pour être heureux, ne faut-il pas avoir une vision claire et lucide de la réalité et de l’existence ? Le stoïcisme et l’épicurisme antiques, même s’ils admettent que le bonheur est le souverain Bien, montrent que l’on ne peut l’atteindre que grâce à une conception vraie du réel. Le bonheur est selon eux inséparable de la science !

● Enfin, vous pouvez penser aux cas où dire la vérité nous semble être un devoir, même s’il va à l’encontre de nos désirs et de nos intérêts ; de même, savoir la vérité est souvent préférable à l’illusion, même si cela va à l’encontre de nos espérances. La morale du devoir chez Kant en serait une bonne illustration philosophique.

IV – LES PISTES DE DEVELOPPEMENT

a – pourquoi donc vouloir la verite ?

● Il s’agit d’être heureux ici et maintenant, et cela quel que soit le contenu que l’on place dans le concept de bonheur (plaisirs, richesses, pouvoirs). Cette idée semble être un but plus satisfaisant et urgent que la recherche de la vérité.

● Le concept de bonheur semble incompatible avec celui de vérité. La recherche des plaisirs, richesses, pouvoirs nécessite souvent le mensonge, la tromperie, la manipulation. De plus, vivre heureux, ne serait-ce pas vivre dans l’illusion ?

● Le paradoxe est alors que tous les hommes veulent être heureux, mais qu’ils ne savent pas en quoi cela consiste ni comment y arriver ?

b – la verite, unE condition necessaire au bonheur ?

● Les dangers de l’illusion et de l’irréflexion dans la recherche du bonheur : à chercher aveuglément le bonheur, on risque de ne jamais le trouver. Comme dit Pascal : « Tous les hommes veulent être heureux, même celui qui noue la corde pour se pendre »

● Le concept de bonheur semble exiger une clarification. Il s’agit alors de rechercher en quoi il consiste véritablement, et quels sont les moyens pour y parvenir. On ne peut pas le penser séparément d’une conception de l’univers et de la place de l’homme dans cet univers, et peut-être même de connaissances encore plus précises sur la physiologie et la psychologie de l’être humain.

c – faut-il sacrifier le bonheur A la vEritE ?

● Le concept de bonheur est-il suffisamment clair et distinct pour être choisi comme idéal de vie ? Il n’est pas certain que l’on puisse dériver de cet « idéal de l’imagination » des règles infaillibles de conduite.

● Le concept de devoir, en particulier de devoir de vérité, ne serait-il pas un concept plus clair qui, s’il ne nous permet pas nécessairement d’être heureux, nous rend au moins dignes de l’être ?

source :
https://www.france-examen.com/bac/annales/philosophie/bonheur-et-verite-151.html