Voir : https://cours-de-droit.net/karl-marx-le-droit-comme-instrument-de-pouvoir/

NB :
La détermination du politique par la lutte sous-tend l’analyse marxienne du pouvoir et de l’État. La forme institutionnelle que prend le politique, c’est le pouvoir souvent identifié à l’État, lui-même considéré comme un instrument de la domination de classe : « la bourgeoisie a réussi à conquérir de haute lutte le pouvoir politique exclusif dans l’État représentatif moderne : la grande industrie et le marché mondial lui avaient frayé le chemin. Le pouvoir d’État moderne n’est qu’un comité qui gère les affaires communes de toute la classe bourgeoise». L’institutionnalisation du pouvoir dans l’État représentatif est la condition de la pérennité de la domination par ses effets juridiques, c’est-à-dire idéologiques par la transformation d’intérêts particuliers en normes universelles : « vos idées sont elles-mêmes les produits du système bourgeois de production et de propriété, tout comme votre droit n’est que la volonté de votre classe, érigée en loi ; et il n’y a rien d’autre dans cette volonté que les nécessités matérielles de votre classe ».
Karl Marx & Friedrich Engels, Manifeste du parti communiste (1847-1848).

« On distingue les droits de l’homme comme tels des droits du citoyen. Qui est l’homme distinct du citoyen ? Nul autre que le membre de la société bourgeoise. Pourquoi le membre de la société bourgeoise est-il appelé « homme », homme en soi, pourquoi ses droits sont-ils appelés droits de l’homme ? Par quoi expliquons-nous ce fait ? Par la relation de l’Etat politique avec la société bourgeoise, par la nature de l’émancipation politique. […] La liberté est donc le droit de faire et d’entreprendre tout ce qui ne nuit à aucun autre. La frontière à l’intérieur de laquelle chacun peut se mouvoir sans être nuisible à autrui est définie par la loi, de même que la limite de deux champs est déterminée par le palis. Il s’agit de la liberté de l’homme en tant que monade isolée, repliée sur elle-même. Mais le droit humain à la liberté n’est pas fondé sur la relation de l’homme à l’homme, mais au contraire sur la séparation de l’homme d’avec l’homme. Il est le droit à cette séparation, le droit de l’individu limité, limité à lui-même.
L’application pratique du droit à la liberté est le droit humain à la propriété privée. En quoi consiste le droit de l’homme à la propriété privée ? Article 16 (Constitution de 1793). – « Le droit de propriété est celui qui appartient à tout citoyen de jouir et de disposer à son gré de ses biens, de ses revenus, du fruit de son travail et de son industrie. » Le droit de l’homme à la propriété privée est donc le droit de jouir et de disposer de sa fortune arbitrairement (à son gré), sans se rapporter à d’autres hommes, indépendamment de la société, c’est le droit à l’égoïsme. Cette liberté individuelle-là, de même que son application, constituent le fondement de la société bourgeoise. A chaque homme elle fait trouver en l’autre homme, non la réalisation, mais au contraire la limite de sa liberté. Mais elle proclame avant tout le droit de l’homme « de jouir et de disposer à son gré de ses biens, de ses revenus, du fruit de son travail et de son industrie ».
Il reste encore les autres droits de l’homme, l’égalité et la sûreté […]. La sûreté est le concept social suprême de la société bourgeoise, le concept de la police, selon lequel toute la société n’est là que pour garantir à chacun de ses membres la conservation de sa personne, de ses droits et de sa propriété. Par le concept de sûreté la société bourgeoise ne s’élève pas au-dessus de son égoïsme. La sûreté est au contraire la garantie de son égoïsme. Aucun des droits dits de l’homme, ne dépasse donc l’homme égoïste, l’homme tel qu’il est comme membre de la société bourgeoise, c’est-à-dire un individu replié sur lui-même, sur son intérêt privé et son bon plaisir privé, et séparé de la communauté. »

K. MARX, « A propos de la question juive » (1844).

Trois types de critiques peuvent être dégagées vis-à-vis de ce qui se présente depuis les années 1970 comme un idéal universel :

  1. Critique politique (qui donnera naissance au « conservatisme» politique)
  • E. Burke, « Réflexions sur la Révolution de France », 1790 :

Thèse : les révolutionnaires se sont trompés dans l’identification des droits naturels, et ont construit une pure abstraction
– l’égalité de tous les citoyens n’est qu’une « idée métaphysique », détachée des conditions de l’expérience humaines, impossible à mettre en pratique.
– Proclamer les individus comme « souverains » et « égaux » transforme la société de tout harmonieux en un « chaos de corpuscules élémentaires ».
Solution : Aux Rights of men, il oppose les Rights of English-men : on ne peut parler de droits que dans un corps politique déjà constitué.

  • De Maistre, « Considérations sur la France »

Thèse : se voulant universelle, la DDHC n’est que pure abstraction, et ne vise aucun homme.
La constitution de 178ç (comme celles qui la précèdent) est faite pour l’homme. « Or il n’y a point d’hommes dans le monde. J’ai vu dans ma vie des Français, des Italiens, des Russes, mais quant à l’homme, je déclare ne l’avoir jamais rencontré de ma vie ; s’il existe, c’est bien à mon insu… Mais une constitution qui est faite pour toutes les nations n’est faite pour aucune ; c’est une pure abstraction, une œuvre scolastique faite pour exercer l’esprit d’après une hypothèse idéale, et qu’il faut adresser à l’homme, dans le espaces imaginaires qu’il habite ».


2. Critique sociale :

K. Marx, « La Question juive » , 1843

  • L’homme de la DDHC est l’homme bourgeois ou égoïste, en tant que la liberté est définie de façon négative comme limitée par la non-nuisance à autrui.
  • La révolution reproduit le mouvement de la religion, en ajoutant un monde supplémentaire au monde réel, dans lequel sont situés l’Egalité et l’universel, et vers lesquels les aspirations des citoyens sont dirrigés, pour mieux les détourner du monde réel.

Et, projetant l’existence d’un monde irréel, cela légitime le fonctionnement de la société civile.

  • La liberté dont il est question est surtout la liberté de propriété (cf. a. 2, 1789 et 1793 ; a. 17, 1789 ; a.1 1795)

1. La DDHC se fonde sur la « séparation de l’homme d’avec l’homme », et la liberté n’est que négative : (§ 3) « Les droits de l’homme, par opposition aux droits du citoyen, ne sont rien d’autre que les droits du membre de la société bourgeoise, c’est-à-dire de l’homme égoïste, de l’homme séparé de l’homme et de la collectivité. […]La liberté est donc le droit de faire et d’entreprendre tout ce qui ne nuit à aucun autre [a.4]. Il s’agit de la liberté de l’homme en tant que monade isolée, repliée sur elle-même. […] Le droit de l’homme à la liberté n’est pas fondé sur la relation de l’homme à l’homme, mais au contraire sur la séparation de l’homme d’avec l’homme. Il est le droit à cette séparation, de droit de l’individu limité, limité à lui-même.

2. Application : la jouissance égoïste de la propriété privée.
(§ 4) L’application pratique du droit à la liberté est le droit de l’homme à la propriété privée […], le droit de jouir et de disposer de sa fortune arbitrairement, sans soucier d’autrui, indépendamment de la société, c’est le droit à l’égoïsme [à l’intérêt personnel]3. Une liberté individuelle qui fait de l’autre une limite à sa liberté

3. Cette liberté individuelle-là, de même que son application, est le fondement de la société bourgeoise. A chaque homme, elle fait trouver en l’autre homme, non la réalisation, mais au contraire la limite de sa liberté. […]. Aucun des droits dits de l’homme ne dépasse donc l’homme égoïste, […] c’est-à-dire un individu replié sur lui-même, sur son intérêt privé et son plaisir privé, et séparé de la communauté ».

3. critique empirique : J. Bentham, « L’absurdité juchée sur des échasses ou la boîte de Pandore ouverte ou la Déclaration française des droits en préambule de la Constitution de 1791 soumise à la critique et à l’exposition – Avec une esquisse comparative de ce qui a été fait sur le même sujet dans la Constitution de 1795, et un échantillon du citoyen Sieyès » (1795).

    Thèse : il n’existe pas de droits naturels (l’absurdité est de les proclamer) mais seulement le droit établit par une communauté à un moment donné (une loi n’est bonne qu’autant qu’elle est utile). Cette absurdité est « juchée sur des échasses » quand en plus de les proclamer, on les élève au rang de vérité universelle.
    La DDHC revient à autoriser la révolte constante, l’anarchie, car elle énonce des droits (comme le droit de propriété) qui ne sont pas applicables.

    • En théorie : chacun des citoyens à une « droit » à la propriété (a. 2, DDHC, 1789)
    • En pratique : ce droit légitime la revendication des non-possédants ; tous ont le droit à une propriété ; or tous n’en n’ont pas ; donc il fait re-répartir les biens pour que ce droit soit respecter.
    • L’écart entre la théorie (la proclamation de droits qui seraient naturels, imprescriptibles et inaliénables) et la pratique (jamais les gouvernements révolutionnaires n’ont cherché à redistribuer les terres) invite les citoyens à une légitime révolte.

    Conclusion de Bentham devant ces Droits de l’Homme : ils sont proclamation vide, et qui plus est dangereuse, car inappliqués et surtout inapplicables.

    source :

    Réflexion sur les droits de l’homme – Graine de philo